Overhead flat lay of a bare spray can, a brass whistle, a studded leather wristband and a folded blank newspaper on concrete

ACAB a commencé comme une parole de chanson

Le 20 mai 1970, le Daily Mirror publie un article sur un adolescent traduit en justice à cause de quatre lettres brodées sur son blouson de denim. Le titre parle d'ACAB comme du mot de quatre lettres qui a mené un adolescent devant le tribunal, et on a expliqué à la cour ce qu'il voulait dire.

C'est le plus ancien usage imprimé de l'acronyme qu'on ait retrouvé. La formule qui le précède avait déjà des décennies, et elle passe depuis chaque année à devenir plus petite et plus difficile à lire.

D'abord une chanson

Le lexicographe Eric Partridge, qui a passé sa vie à consigner la façon dont les Britanniques parlaient réellement, a enregistré la formule complète avec une ritournelle attachée. Je vais vous chanter une chanson, elle n'est pas très longue, tous les flics sont des salauds.

Partridge la date de 1945. On lit ailleurs les années 1920, et il se peut fort bien qu'elle soit plus ancienne à l'oral, mais 1945 est ce que le dictionnaire soutient réellement. Le plus ancien enregistrement de quelqu'un la prononçant est plus tardif encore, dans le documentaire We Are the Lambeth Boys de 1958, où un groupe d'adolescents la scande devant la caméra.

L'ordre compte. La formule est venue en premier, chantée, et l'abréviation ensuite, de gens qui devaient l'écrire là où elle serait vue et qui ne pouvaient pas se permettre de l'écrire au long.

Les archives, ce sont les dossiers judiciaires

La trace documentaire de cette formule passe par des poursuites, ce qui est de circonstance.

Deux ans après l'article du Mirror, en novembre 1972, le Birmingham Post couvre un procès pour meurtre où des enquêteurs décrivent un tatouage sur la main de l'accusé portant ACAB et l'expliquent au tribunal. Voilà comment l'acronyme entre dans l'écrit. Pas dans un manifeste ni dans une chanson, mais dans une preuve policière sur ce qui était inscrit à même la peau de quelqu'un.

La convention du tatouage veut une lettre par doigt, et parfois un simple point sur chaque phalange à la place, pour qui avait besoin de pouvoir nier. Les prisons britanniques sont le lieu de sa diffusion. Le punk l'a repris de là, et les 4-Skins ont sorti un morceau intitulé A.C.A.B. en 1982, soit à peu près le moment où la formule a cessé d'être britannique.

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La forme numérique est une substitution directe. A est la première lettre, C la troisième, B la deuxième. Personne ne peut dater sa première apparition.

Elle existe pour la même raison que les points sur les phalanges. Les lettres attirent des conséquences et les chiffres, pendant un temps, n'en attiraient pas. De la chanson à l'acronyme, de l'acronyme au nombre, du nombre à quatre points. La compression comme trait de survie, sur un siècle.

Ce que les tribunaux en ont fait

La Cour constitutionnelle fédérale allemande a pris la question au sérieux en 2016 et a tracé une ligne qui tient. Afficher ACAB relève de l'expression protégée quand la formule vise la police comme institution. Elle ne l'est plus quand elle vise des agents identifiables. Le slogan est licite comme position politique et illicite comme insulte à une personne précise, ce qui est une distinction véritablement soignée à propos d'un graffiti.

Quelques semaines plus tôt, à Madrid, une femme est dénoncée en vertu de la loi espagnole sur la sécurité citoyenne pour un sac portant A.C.A.B., All Cats Are Beautiful. Cette loi prévoit des amendes de cent à six cents euros pour manque de respect envers les forces de l'ordre. La plainte a été classée en quelques jours, et le motif invoqué était l'ambivalence de l'acronyme.

L'euphémisme a fonctionné. Non pas parce que quelqu'un y croyait, mais parce qu'une police ne pouvait pas prouver laquelle des deux lectures un sac à main voulait dire.

All cats are beautiful

La lecture féline est réelle et documentée, pas une invention d'internet. Le groupe autrichien Ja, Panik a mis un morceau intitulé A.C.A.B. sur son album Libertatia de 2014 et l'a lu exactement ainsi.

Elle n'a jamais été mise à l'épreuve pour de bon. Aucun jugement publié nulle part n'a statué que la lecture féline change le sens des lettres, et l'affaire de Madrid a été classée administrativement plutôt que tranchée. La défense affiche un dossier parfait et n'est jamais passée devant un juge.

Pourquoi ça se retrouve sur un t-shirt

Le t-shirt ACAB prend la lecture féline au pied de la lettre et la dessine. Le rendu le plus doux possible de la formule la plus compressée du vocabulaire contestataire britannique.

T-shirt graphique noir ACAB, mise à plat

Quatre-vingts ans de gens qui trouvent des façons de plus en plus petites de dire la même chose. Celle-ci a des moustaches.

Aussi : le catalogue au complet.

La longue dispute sur l'autorité dans Emma Goldman n'a jamais dit « Si je ne peux pas danser ».

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