Terry Fox a usé neuf souliers. Les neuf étaient des gauches.
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En 143 jours et 5 373 kilomètres, Terry Fox a usé neuf souliers de course. Les neuf étaient des souliers gauches. Celui de la jambe artificielle a quitté la route près de Thunder Bay en septembre 1980 à peu près dans l'état où il y était monté à Saint-Jean en avril, parce qu'un pied artificiel se moque de la distance qu'on lui fait parcourir.
Ce détail en dit plus long sur le Marathon de l'espoir que la carte du trajet. La course, tout le monde la connaît. Ce qui explique qu'un jeune homme de vingt et un ans en ait été capable s'était déjà produit avant qu'il ne trempe sa jambe dans l'Atlantique.
L'article qu'on lui a remis la veille de l'amputation
Fox reçoit un diagnostic d'ostéosarcome en 1977. La veille de l'opération qui lui enlève la jambe droite, son entraîneur de basketball au secondaire, Terri Fleming, lui remet un exemplaire de Runner's World contenant un article sur Dick Traum, un amputé américain devenu en 1976 le premier à courir le marathon de New York avec une prothèse.
Fox dira plus tard que cet article est à l'origine du Marathon de l'espoir. Ce qui veut dire que l'idée est arrivée la veille de la perte de la jambe, remise par un entraîneur qui comprenait manifestement très bien à quel genre de personne il la tendait.
Il a été champion national dans un sport dont personne ne parle
De 1977 à 1980, Fox joue au basketball en fauteuil roulant pour une équipe appelée les Cable Cars. Il remporte les championnats nationaux de 1978 et 1979, décroche trois titres nationaux au total, et est nommé sur l'équipe d'étoiles de la North American Wheelchair Basketball Association en 1980.
Relire l'année. Il est nommé sur une équipe d'étoiles nationale la même année où il traverse presque un continent à la course. Ce n'était pas un jeune homme malade qui tentait quelque chose d'athlétique. C'était un athlète de compétition du début à la fin, dans deux sports à la fois, et un seul des deux est jamais mentionné.
Sa foulée n'était pas une claudication
La prothèse sur laquelle il courait fonctionnait avec des ressorts, et ces ressorts avaient besoin d'un instant pour se replacer entre deux foulées. Alors une enjambée sur deux, Fox sautillait sur sa jambe gauche pour acheter cet instant. Saut, foulée, saut, foulée, sur près d'un marathon par jour, pendant quatre mois et demi.
Voilà toute l'explication des neuf souliers gauches. Le côté droit de son corps était porté. Le côté gauche faisait le travail des deux, quarante-deux kilomètres par jour, et la route prenait la différence sur le soulier.
Le cancer atteint ses poumons et l'arrête le 1er septembre 1980. Il meurt le 28 juin 1981, à vingt-deux ans. Il avait demandé un dollar à chaque Canadien, et en février de cette année-là le Marathon de l'espoir avait recueilli plus de 24,17 millions de dollars.
Pourquoi il se retrouve sur un chandail
Le chandail Terry Fox le dessine en pleine foulée, dans la démarche que tout le monde reconnaît, la prothèse rendue telle quelle sans adoucissement, entourée des mots Marathon of Hope. Telle quelle, c'est le registre juste. Il était extrêmement peu sentimental au sujet de cette jambe et aurait probablement trouvé agaçant tout autre traitement.
Il n'a jamais terminé. On décrit ça comme la tragédie de l'histoire depuis quarante-cinq ans, et il vaut la peine d'envisager que ce soit plutôt la structure même du projet. Il a couvert les deux tiers d'un pays puis a remis le reste à tous ceux qui regardaient, et ils le courent pour lui chaque septembre depuis. Plus d'un milliard de dollars a été recueilli en son nom, soit environ quarante fois ce qu'il avait demandé.
À voir aussi : le reste du rayon canadien, ou le catalogue au complet.
