Enregistré en 1970, paru en 1973
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Entre le 1er juin et le 15 juillet 1970, trois musiciens de Birmingham enregistrent à Paris, au studio Europa Sonor, un album intitulé Lemmings. Il n'arrive en magasin qu'en mai 1973, sur une étiquette française, après que les majors qui le voulaient en 1970 l'ont laissé filer.
Le temps que quelqu'un puisse l'acheter, le moment pour lequel il avait été fait était passé. Ce retard explique pourquoi le disque ne ressemble à rien d'autre de l'époque.
Birmingham, puis le départ
Bachdenkel sort des restes d'un groupe appelé U No Who et quitte l'Angleterre pour la France en 1969. Pas une tournée. Un déménagement, selon l'idée qu'il y avait là-bas plus de place pour travailler que dans une scène britannique déjà encombrée de groupes faisant la même chose.
Le groupe, c'était Colin Swinburne au chant, à la guitare et aux claviers, Peter Kimberley au chant, à la basse et au piano, et Brian Smith à la batterie, avec Karel Beer à la production et à la gérance. Ils avaient raison sur la place et tort sur tout ce qui a suivi côté commercial.
Trois faces pour un album qui en a eu deux
Lemmings a été conçu comme un disque à trois faces. On traite habituellement cela comme une légende de collectionneurs, et ça n'en est pas une. Le journal de séances du groupe, tenu à Paris, expose l'ordre original en trois faces, morceau par morceau.
Ce qui en dit long sur l'état d'esprit. Pas un simple, pas un ensemble de chansons à promouvoir. Une forme qui n'entre pas dans le format où il faut la vendre.
Deux grandes maisons de disques se sont montrées intéressées tôt, puis se sont retirées. Aucune source n'en donne la raison au-delà du fait lui-même. Ce qui a fait le dégât pratique, c'est l'argent, précisément le temps de studio impayé chez Europa Sonor, qui dépassait les douze mille livres au moment où quelqu'un était prêt à presser quoi que ce soit. Philips en France a fini par le sortir, en mai 1973, sur deux faces plutôt que trois. L'ambition a été rognée pour entrer dans une pochette, en chemin vers le magasin.
Enregistré sous vide
Voici ce qui compte musicalement. Entre l'enregistrement et la parution, le rock a bougé. Le glam est arrivé. Le rock progressif s'est durci en genre avec des règles. Le disque fait à l'été 1970 débarque dans un marché avancé de trois ans, réalisé par un groupe vivant à l'étranger et ne suivant rien de tout cela.
Il ne contient aucune mode parce qu'il a été isolé de la mode par accident. Ce n'est pas une chose qu'un groupe peut décider. Il faut qu'on la lui fasse subir.
Il n'existe presque aucune critique de 1973 à consulter. Le disque est arrivé assez discrètement pour que la presse ne semble pas l'avoir remarqué, ce qui constitue une preuve en soi.
La longue traîne
Il n'a cessé de refaire surface. The Initial Recording Company, fondée par Beer, l'a réédité en Grande-Bretagne en 1978 avec trois morceaux manquants rétablis sur un maxi joint. Un disque compact allemand a suivi en 1990. Grapefruit a remasterisé l'ensemble en 2022.
Personne n'a jamais documenté le nombre d'exemplaires pressés par Philips en 1973. Les chiffres qui circulent sont des suppositions. Ce qu'on peut vérifier, c'est le marché de l'occasion, où les exemplaires d'origine changent de mains autour de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix euros, parfois bien davantage.
Pourquoi ils se retrouvent sur un t-shirt
Le t-shirt Bachdenkel est un crâne ailé. Vieille iconographie funéraire, du genre gravé sur les pierres tombales du dix-huitième siècle, ce qui convient à un groupe dont le disque est arrivé comme le document d'un moment déjà passé.
Presque personne ne l'a entendu. Ceux qui l'ont entendu passent cinquante ans à en parler à tout le monde. C'est la définition même d'un disque culte, et celui-ci l'a méritée en arrivant trois ans en retard et une face en moins.
Aussi : le catalogue au complet.
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