Overhead flat lay of a red Phrygian cap, a tricolour ribbon, an iron key and a folded blank sheet on limestone paving

La devise française se terminait par ou la mort

La devise nationale française a commencé comme un code vestimentaire pour une milice armée.

Le 5 décembre 1790, dans un discours imprimé sur l'organisation des gardes nationales, Robespierre propose que les gardes portent ces mots sur la poitrine. L'article 16 de son texte le dit exactement. Elles porteront sur leur poitrine ces mots gravés, le peuple français, et au-dessous, liberté, égalité, fraternité.

Pas une déclaration de valeurs universelles. Une spécification d'uniforme, pour des citoyens en armes, dans une révolution qui s'attendait à être attaquée.

L'Assemblée ne l'a pas retenue.

Ou la mort

La formule revient trois ans plus tard avec une fin accrochée. En juin 1793, Jean-Nicolas Pache, maire de Paris, la fait peindre sur l'Hôtel de Ville et sur d'autres bâtiments publics dans sa forme complète. Unité, indivisibilité de la République, liberté, égalité, fraternité ou la mort.

C'était un arrêté municipal plutôt qu'une loi nationale, ce qui mérite d'être retenu. La ville de Paris se décrivait elle-même, sous la Terreur, sur la façade du bâtiment où se prenaient les décisions. La fraternité n'était pas offerte. Elle était exigée, avec l'autre option nommée dans le même souffle.

Comment la fin a disparu

Après Thermidor, la dernière clause devient impossible à garder. On la recouvre, on la burine, et elle disparaît bien avant que le reste de la devise ne revienne en usage. Il n'en subsiste presque rien en place aujourd'hui.

Puis c'est tout l'ensemble qui s'en va. L'Empire de Napoléon n'en a aucun usage, la Restauration encore moins. La Deuxième République la relève en 1848 et l'inscrit à l'article 4 de la constitution de cette année-là. Le Second Empire la retire de l'usage officiel.

La Troisième République tranche, en ordonnant les trois mots sur les frontons des bâtiments publics pour les fêtes du 14 juillet 1880. C'est la version qu'on lit sur chaque mairie de France.

La lente vie juridique d'une phrase célèbre

Voici la partie qui surprend. Pour un slogan associé à 1789, il a mis un temps extraordinaire à devenir du droit.

Il n'apparaît dans aucune constitution avant 1848, et cette république a duré quatre ans. On le retrouve dans la constitution de 1946. Il est fixé à l'article 2 de la constitution de 1958, qui énonce simplement que la devise de la République est liberté, égalité, fraternité, et c'est le texte encore en vigueur.

Cent soixante-huit ans séparent les plastrons de Robespierre du moment où la phrase devient une loi permanente, et la version qui a survécu est celle dont la conséquence a été retirée.

Ce que la coupure dissimule

Il existe une lecture confortable où la devise est un énoncé de valeurs et la guillotine un épisode malheureux survenu à côté. La formulation de 1793 ne le permet pas. Pendant un temps, le résumé que l'État faisait de lui-même nommait la peine à côté du principe.

Retrancher quatre mots a permis à la phrase de redevenir un idéal. C'est une bonne phrase. C'est aussi une réécriture, et le brouillon est encore lisible.

Pourquoi ça se retrouve sur un t-shirt

Le t-shirt Liberté Égalité Fatalité place Marianne avec une guillotine. Le jeu de mots remplace la fraternité par la fatalité, ce qui se révèle plus proche du texte source que la devise officielle.

T-shirt graphique noir Liberté Égalité Fatalité, mise à plat

Toute devise nationale est la réécriture de quelque chose. Celle-ci a ceci de particulier que la version antérieure a été écrite, peinte sur un hôtel de ville, puis délibérément effacée.

Aussi : le catalogue au complet.

D'autres disputes sur ce à quoi l'État doit des comptes dans Mikhaïl Bakounine : celui qui a eu le dessus sur Marx.

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