Au départ, Les Soprano était un film sur une mère
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Les Soprano a d'abord existé sous forme de scénario de film sur un mafieux dont la mère cherche à le faire tuer. Pas une fresque criminelle, pas une épopée sur une entreprise familiale. Un homme, sa mère, et le fait qu'elle le veut mort. David Chase avait passé une carrière à écrire pour la télévision de réseau et a décidé d'écrire quelque chose de personnel. C'est ça qui est sorti.
Tout ce qu'on admire dans la série découle de cette seule décision. Ça n'a jamais été une série sur la mafia. La mafia, c'est le moyen que Chase a trouvé pour qu'on le laisse écrire sur sa mère.
La version où personne ne meurt
Chase apporte le pilote à Fox en premier. La version qu'il remet ne contient aucun meurtre, parce que la télévision de réseau de la fin des années quatre-vingt-dix n'en aurait pas porté. Le projet s'enlise et y reste. Il le promène ailleurs et les grands réseaux passent leur tour, méfiants devant le ton.
Puis il réécrit et ajoute un meurtre, Christopher qui abat un Tchèque, et c'est cette version-là qui se vend à HBO. Le drame le plus encensé de l'histoire du médium était commercialement intouchable tant que personne n'y mourait, ce qui est exactement le genre de blague que la série elle-même aurait faite.
La thérapie n'était pas un gadget
Mettre un parrain sur un divan, ça donne un sketch. Tous les réseaux qui ont refusé l'ont sans doute lu comme ça. Ce que Chase fait plutôt, c'est refuser que la thérapie soit une blague, un ressort narratif ou un chemin de rédemption. Tony voit Melfi pendant six saisons et va concrètement moins bien à la fin.
Ce refus est toute l'architecture de la série. On invite le public à souhaiter qu'il s'améliore, on lui fournit régulièrement des indices que ça pourrait arriver, puis on le lui refuse chaque fois. Ça fonctionne parce que Chase ne traite jamais la thérapie avec ironie. Melfi est compétente. Le diagnostic est juste. Le patient, lui, n'a simplement aucune envie de guérir, et la série est assez honnête pour le dire et le redire pendant quatre-vingt-six épisodes.
Les chèques
En 2003, la distribution se bat pour de l'argent et manque de faire couler la série. Gandolfini poursuit HBO pour rupture de contrat au sujet d'une entente conclue avec Chase. HBO le poursuit en retour pour 100 millions de dollars, au motif que le perdre ferait tomber la série.
Au règlement, Gandolfini rédige seize chèques de 33 000 dollars chacun et les remet à ses collègues pour le dérangement. Cinq cent vingt-huit mille dollars de son propre argent, distribués à des gens qui avaient attendu pendant qu'il se battait.
Garder ça à côté du personnage. Le trait déterminant de Tony Soprano, c'est qu'il prend, puis habille la prise en loyauté. L'homme qui l'incarnait a répondu à une manne en partageant avec la salle sans qu'on le lui demande. L'écart entre ces deux faits correspond à peu près à l'écart sur lequel la série entière est bâtie.
Pourquoi il se retrouve sur un chandail
Le chandail Tony Soprano le montre en complet, le regard droit devant, flanqué de la piscine et des canards. Les canards sont le bon choix, et quiconque a vu le pilote sait pourquoi. Un homme dangereux regarde des oiseaux quitter sa piscine et ça le démolit complètement, sans qu'il ait l'outillage pour expliquer à qui que ce soit pourquoi.
La série a duré de janvier 1999 à juin 2007, et chaque drame de prestige depuis travaille dans la pièce qu'elle a construite. Pas parce qu'elle était violente. Parce qu'elle a été la première à accepter que son personnage principal soit compris de fond en comble et n'aille pas mieux pour autant.
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