Overhead flat lay of gold aviator sunglasses, a rhinestone studded belt, a blank cassette and a gold lighter on a wood veneer counter

Falardeau a fabriqué Elvis Gratton pour qu'on le méprise. Le Québec l'a adopté.

Pierre Falardeau a fabriqué Bob Gratton pour qu'on le méprise. Un garagiste de Brossard, raciste, sexiste, fédéraliste, qui se déguise en Elvis dans un habit loué et appelle ça réussir. Le personnage est né après le référendum de 1980, comme portrait de la mentalité que Falardeau tenait responsable du Non.

Le Québec l'a adopté. « Think big, s'ti » est entré dans la langue courante et n'en est jamais ressorti.

Ce que Falardeau visait

Falardeau avait seize ans quand il a joint le Rassemblement pour l'indépendance nationale. Il a passé sa vie à lire le Québec à travers la décolonisation, l'Algérie, Cuba, la Palestine. Une de ses formules le résume : « Une chaîne en fer, en argent ou en or est toujours une chaîne. »

Gratton devait être la démonstration. Un homme si complètement vendu à l'Amérique qu'il ne sait plus se situer lui-même. Le personnage arrive en trois courts métrages, en 1981, 1983 et 1985, réunis la même année en long métrage sous le titre « Elvis Gratton : Le king des kings ». Julien Poulin le joue et coécrit.

La scène

Un touriste demande à Gratton s'il est canadien. La réponse est la meilleure chose que Falardeau ait écrite, et elle ne contient aucune blague, seulement une liste.

« Moi, je suis un Canadien québécois. Un Français, canadien français. Un Américain du Nord français. Un francophone québécois canadien. Un Québécois d'expression canadienne-française française. On est des Canadiens américains, francophones d'Amérique du Nord. Des Franco-Québécois. On est des Franco-Canadiens du Québec. Des Québécois canadiens. »

L'homme n'esquive pas la question. Il essaie sincèrement de répondre, et chaque tentative ajoute un mot sans jamais arriver au bout. C'est une définition qui s'effondre pendant qu'on la prononce.

La satire qui a perdu

Le public a ri avec Gratton au lieu de rire de lui. Les répliques sont devenues des expressions, le personnage une mascotte, puis une série télé de quarante et un épisodes diffusée de 2007 à 2009.

Falardeau l'a mal pris. Sa phrase là-dessus : « un peuple qui se complaît dans le spectacle de sa propre niaiserie est tombé bien bas. »

Il a quand même fait deux suites, en 1999 et en 2004. Il est mort le 25 septembre 2009, à soixante-deux ans, d'un cancer du rein. Julien Poulin est mort le 4 janvier 2025, à soixante-dix-huit ans.

Pourquoi ça finit sur un t-shirt

Le t-shirt Elvis Gratton reprend la banane, les bajoues et le col à strass, sous un lettrage de signature. Il ne tranche pas la question de savoir si on porte le personnage ou la critique du personnage, parce que le film ne la tranche pas non plus.

T-shirt graphique noir Elvis Gratton, mise à plat

Quarante ans plus tard, la scène de l'identité se cite encore dans les campagnes électorales québécoises. Falardeau voulait qu'elle fasse mal. Elle fait rire. Les deux fonctionnent, et le fait qu'on ne s'entende toujours pas sur laquelle des deux est la bonne lecture est précisément ce qui garde le personnage vivant.

À voir aussi : le rayon canadien, le rayon Écran, ou le catalogue au complet.

Un autre film où des gens récitent une politique qu'ils n'ont pas gagnée. Un des étudiants de La Chinoise ne jouait pas.

D'autres Canadiens qui ont refusé la feuille d'érable dans 6 t-shirts canadiens qui ne sont pas une feuille d'érable et Terry Fox a usé neuf souliers, tous des gauches.

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